L'idée vous semble incongrue? Elle émane pourtant de Recyc-Québec, la
société d'État chargée du recyclage. Cette dernière souligne que là où
cette mesure a été appliquée, les résultats ont été plus que probants:
une réduction de la quantité de déchets allant jusqu'à 38 % et une
augmentation idoine des matières récupérées.
Constatant les limites de l'approche volontaire dans son tout récent
Guide sur la collecte sélective des matières recyclables, la société
d'État suggère en effet aux municipalités de fixer un tarif (selon le
poids ou le nombre de sacs) plutôt que de dissimuler le coût du service
dans les impôts fonciers (compte de taxes).
Une des idées suggérées est le «pay as you throw»: plus le citoyen jette, plus il paye cher, ce qui l'incite à expurger son sac à poubelle du maximum de matières recyclables. Cela peut être fonction du poids des sacs ou de leur nombre. L'institut CD Howe, entre autres, milite pour l'application de cette mesure.
Aux États-Unis, plus de 6000 municipalités auraient adopté ce principe,
selon l'Environmental Protection Agency (EPA). Toutes les municipalités
d'Irlande sont en passe de l'appliquer. Et en Suisse, où les citoyens
sont habitués à payer selon le poids de leurs déchets, leur taux de
recyclage avoisine 50 %.
Et Montréal? Serait-il possible d'équiper les camions à ordures de la
métropole de balances électroniques? «Techniquement, oui, car la
technologie est très poussée aujourd'hui, selon Jean-François Léonard,
coordonnateur en environnement de la Communauté métropolitaine de
Montréal (CMM). La difficulté, cependant, est financière.»
Le problème, c'est que l'installation d'un tel système coûterait très
cher, de même que tout ce que cela implique comme autres dépenses
(inspecteurs, sensibilisation, etc.) «Dans la mesure où tu as les
moyens de faire appliquer à la lettre le règlement, ça peut s'avérer
efficace. Sinon, il est très difficile de rattraper une tentative
infructueuse», note M. Léonard.
Charles Tremblay, d'Éco Entreprises Québec est tout à fait d'accord
avec cette approche. Il prétend même que le coût de la collecte,
environ 150 $ par porte, pourrait être plus élevé. «Ça me coûte plus
cher pour faire déneiger mon entrée ou pour m'abonner à La Presse,
lance-t-il. Les gens, ça ne les dérange pas de payer plus cher pour un
service, en autant qu'ils le voient et qu'ils soient en mesure de
l'apprécier.»
Selon Recyc-Québec, le taux de rejets des centres de tri québécois est
de 6 %. Il varie de 18 % pour les petits centres à 4 % pour les plus
gros. Plus de la moitié des rejets sont composés de matières non
recyclables, c'est-à-dire de matières non acceptées par les programmes
municipaux de collecte sélective.